Pour ceux qui s'interrogent..sur l'amour,la guerre..la vie, et la mort. Sans oublier l'humour, le sexe, et le ROCK "n" ROLL, bien sûr
C’est pourquoi l’homme est voué à vivre par procuration, soit en se tournant vers le passé, soit en se projetant vers l’avenir, sans cesse. Et voilà pourquoi il est également voué à la fuite. Une fuite en avant et perpétuelle. Coursant un présent à jamais hors d’atteinte, il ne lui reste plus que la nostalgie du passé et la crainte de l’avenir. Un passé qu’il tente soit d’oublier car douloureux mais sans jamais vraiment y parvenir, soit de reproduire car agréable mais toujours aussi incapable de reproduire car contingent au présent, et un futur qu’il craint ou espère, (ce qui revient à la même chose, car l’espérance est une attente de quelque chose de mieux, de quelque chose dont on a envie ou pire besoin, mais sans aucune assurance qu’elle se produise) . Ces deux états mènent indéniablement et invariablement à l’angoisse. A une sorte de non existence chronique et de perdition. Alors il prend encore la fuite mais cette fois dans le sens qu’abordait H. Laborit, c'est-à-dire dans une course vers l’oubli , pour se sauver de cette contradiction irrésolu qui est que ce qui existe n’est ni le passé, déjà passé, ni le futur, pas encore là, mais juste le présent ; or ce présent il est par essence incapable de le saisir et l’appréhender, ceci en dehors de ses reflexes animales ou ses fonctions végétatives. Pour son intellect, sa conscience ce présent est intouchable, sinon une fois qu’il est déjà du domaine du passé ou alors dénaturé, tendu vers un futur supposé, une chimère, un monde né de l’imagination.
Ce processus de « sortie de secours » , ce tour de passe- passe de l’esprit pour donner un but à ce qui n’en a pas, un sens à l’insensé, et une touchée à l’intouchable, est ce que Laborit expliquait en le qualifiant de « fuite » . Et c’est bien cette fuite qui donne naissance à l’art, la science, la philosophie mais aussi la religion. Tous ces domaines qui tentent d’accrocher l’homme à ce qu’il ne peut appréhender ou comprendre se conjuguent toujours dans le futur, en se servant du passé mais surtout en ponctuant l’instant. Ce fameux instant. L’artiste vous livre ses affects du moment , dans l’instant passé, par une œuvre étalée dans la durée qu’il espère la plus longue, en créant un lien entre le passé et l’avenir. Le scientifique tente d’expliquer l’univers (à l’instant), en retracer son passé spéculant son avenir, afin de mieux cerner le présent, le philosophe parle d’éthique et de morale, pour tenter d’approcher la sagesse qui est le but ultime de toute philosophie, la sagesse qui n’est rien d’autre que « saisir l’instant présent, afin de toucher le bonheur et la sérénité, et le religieux vous promet un avenir eternel et pour peu que vous suiviez son enseignement vous délivre de l’angoisse du futur et des pourquoi du passé, afin in fine, d’atteindre aussi le bonheur ou la béatitude dans l instant.
Toute activité humaine n’est une tentative pour cerner l’instant, une mascarade, pour toucher l’intouchable et saisir l’insaisissable, un cirque auquel aucun être conscient ne peut se soustraire. Un cercle vicieux où on est tous prisonniers, qu’on soit artiste ou ouvrier, savant ou ignorant. Simplement comme je le disais au début, certains en sont conscients et choisissent de le crier haut et fort, d’autres ne le savent qu’inconsciemment et prétendent vive sans prétentions et questions. Mais ils ne dérogent pas pour autant à cette fuite, car métro, boulot, dodo, vacances préprogrammées et les bouffes entre soit disant amis sont également une tentative de fuite, mais discrète, de ce hui clos. Que sont les photos de vacances et autres sinon qu’une tentative d’emprisonner l’instant ? QU’est ce que le travail ( travail non la rémunération) sinon une occupation affin d’oublier le tic tac , qu’est ce que les amis sinon une tentative de retrouver une âme semblable , ou des affects proches si vous préférez ; afin de mieux supporter l’angoisse, en partageant cette solitude inhérente et caractéristique d’un homme ne pouvant ni figer l’instant, ni revivre le passé, ni connaître le futur ? Pour qui a de réels amis, il est évident que l’ami est celui qui le renforce, qui renforce LE conatus, la force vitale qui nous pousse à survivre car il partage par ses affects semblables ; la même condition, la même solitude, la même angoisse, soulageant ainsi con « coéquipier », par empathie et sympathie. Et finalement qu’est ce que l’amour sinon une tentative désespérée et illogique mais en même temps la plus logique inventée par la nature, de rendre l’instant éternel ! En créant un sentiment, un « lien » au-delà du temps ; dépassant la servitude de la mort même ?
Toutes ces subterfuges qui nous aident à survivre, à donner un sens à la vie fonctionnent sur le même principe : Immortaliser l’instant, ou du mois le faire durer suffisamment longtemps pour oublier qu’on est non seulement, mortel, mais aussi incapable d’exister car incapable d’appréhender le temps, le vrai, le seul qui existe : le présent.
Nul échappatoire, à cela … jusqu’à ce que la corde casse et nous en délivre,…. peut-être !
K.T