Pour ceux qui s'interrogent..sur l'amour,la guerre..la vie, et la mort. Sans oublier l'humour, le sexe, et le ROCK "n" ROLL, bien sûr
Les échecs, un jeu fascinant.
Pour beaucoup, ce champ de bataille représente juste un « champs de bataille », une guerre miniaturisée où forces, ruses et stratégie sont de mises afin de vaincre l’adversaire. D’autres vont plus loin et le comparent à la vie elle-même, où la présence ou non de la persévérance, la claire voyance et le fait de faire ou non les bons choix au bon moment, préparent le terrain pour une victoire, ou une défaite finale.
Pour ma part, ce qui me frappe plus que tout ce n’est pas cette ressemblance théorique entre ce jeu et la vie, ressemblance discutable de mon point de vue, car au contraire de la vraie vie, le hasard et la chance n’ont pas leurs places dans les échecs, mais une autre.
Celle entre la construction hiérarchique et les caractéristiques des pièces et celle de la société.
Il y a le tout d’abord le ROI. Pièce maitresse et pourtant pratiquement sans défense. Vulnérable sans les autres, leur demandant tous les efforts pour garder son « trône », allant jusqu’à exiger le sacrifice ultime afin de survivre.
Juste à côté de lui se trouve « la Reine », ou plus exactement le Vizir. (Il est d’ailleurs étonnant de voir les différents noms donnés aux pièces selon chaque culture. Ainsi le « fou » en français est appelé bishop, l’évêque, en anglais, et Eléphant en orient ! Le nom même du jeu, Chess, shatranj ou échecs en français est un sujet à étudier en soi) Il est la pièce toute puissante, il a presque tous les pouvoirs, pouvant se déplacer partout à sa guise, inspirant la plus grande crainte de loin comme de près.
Puis vient le Fou, ou l’éléphant, qui comme son nom l’indique fonce tête baissée et sans hésitation aucune, prenant son élan et dévastant tout sur son passage. Il peut se lancer de loin, tout comme la reine, mais au contraire de celle-ci, ne se déplace qu’en diagonale, et uniquement sur sa couleur.
Près de lui se tient le « cavalier » ou le cheval, fier, noble et bondissant. C’est la seule pièce qui peut sauter littéralement pardessus les autres, et ainsi contourner les obstacles. Son champ d’action est toutefois limité, mais sa trajectoire reste toujours ambigüe et peut à tout moment surprendre l’adversaire.
Sur le côté se trouve la Tour. Solide comme un roc, il semble invulnérable et ne se déplace qu’en ligne droite, du moment que sa trajectoire reste libre.
Et enfin vient le pion. Le petit pion anonyme, commun et surtout nombreux.
Or à bien regarder, la société n’est-elle pas construite sur le même schéma ?
Il y a les « importants », les Rois, faussement puissant mais sans valeur propre et qui pourtant, dirigent et exploitent tout ce petit monde. Ce sont les présidents et autres chefs d’état et dictateurs, leaders représentants d’idées ou de cultes.
Il y a les Vizirs ou les reines. Assis tout près des Rois, ils détiennent le vrai pouvoir sans en porter le symbolique qu’ils laissent volontiers à ces derniers. Ainsi Ils peuvent diriger sous couvert le jeu, inspirant la crainte, exploitant de loin ou de près toutes les autres pièces. Ceux sont les maitres de l’argent, les princes du Cac 40 et les seigneurs de la bourse. Ce sont les banquiers et autres marchands d’armes, de drogues ou de pétroles. Ceux qui dirigent dans l’ombre et manipulent au nom de telle ou telle autre idée, tous les membres d’une société et même les rois.
Il y a les « fous » ou ceux qui foncent tête baissées, droits et toujours sur le même chemin, sans jamais changer de couleurs ou de route. Ceux- là même qui ne changent jamais d’opinion, sûr de leurs vérités, le doute n’existent pas dans leurs jugements et la route leur semble tracée d’avance. Ce sont les idéologues de tout bord, les « bishop », les fous de dieux et autres extrémistes manipulateurs ou manipulés.
Il y a les Tours, impénétrables et solides, abri pour les uns, boucliers pour d’autres, ne montrant aucune faiblesse, d’une démarche lente mais puissante, avançant sur le chemin qu’on leur a tracé, balayant le jeu sans jamais se plaindre et sans jamais faillir. Ce sont Les braves travailleurs, les « sans surprises », les « bons », respectueux des lois et des coutumes, ceux sur qui on peut « compter ». Ceux qui avancent là où on les attend, du moment qu’on leur ouvre un chemin.
Il a aussi les « cavaliers », les flamboyants, ceux qui changent sans cesse de directions de couleurs, d’idée, de place. Ceux qui rusent, surprennent, sautillent et se faufilent. Ceux-là, on peut difficilement les saisir, difficilement les comprendre ou prévoir. Ceux-là aiment être mis en valeur, et parfois vous le rendent bien. Ceux-là peuvent servir la cause commune, mieux que quiconque, mais aussi se la jouer solitaire, quitte à mettre l’ensemble en danger, juste pour le Fun, juste pour un dernier galop. Ce sont les artistes, les marginaux, les penseurs et autres empêcheurs de tourner en rond.
Et puis il y a les Pions. Simple pion. Le monsieur tout le monde. Le soldat de tous les jours, commun et anonyme. Celui qu’on envoie volontiers au casse-pipe. Il est la pièce possédant le moins de valeur intrinsèque, prompt au sacrifice, prêt à faire barrage de son corps et à dégager le chemin pour les autres. Et pourtant….Il est la pièce la plus importante pour celui qui connait sa valeur. Car Il n’est rien et potentiellement, tout !
Il est constamment en devenir. C’est celui qui avance doucement, qui se livre, se met en danger, sans en rajouter, sans rien exiger, sans faire de bruit ou attirer l’attention toujours en première ligne Il prend les coups et protège d’autres pièce plus valorisants. Mais c’est également celui qui à force de persévérance, d’abnégation et de courage, mais aussi grâce à l’appui de ces semblables, c’est-à-dire les autres petits pions, les petits rien du tout, peut devenir un jour, un noble cavalier, un puissant éléphant, une solide tour ou même un grandissime « Vizir » !
Oui pour moi , la possibilité qu’un petit pion, qu’un simple anonyme, qu’un moins que rien, puisse au final et grâce à la collaboration de ses semblables, devenir puissant, et même le plus puissant, allant jusqu’ à renverser le cour du jeu, à mouvoir une situation désespérée en une promesse d’espoir , à transformer une défaite annoncée en une glorieuse victoire, est de loin ce qu’il y a de plus fascinant dans ce jeu fabuleux que sont les échecs.
Il est à lui seul, le symbole de la souffrance et de l’espoir, l’appel de la dernière chance, un hymne à la liberté et un pied de nez au destin. Alors ;
Faites échecs aux Rois.
K.t